Où est Charlie?

Publié le par baz et ed

On le sait, Charlie Chaplin aimait tout contrôler sur ses films, de l'écriture du scénario au plus petit détail du décor. Grâce à sa société United Artists, fondée en 1919 avec trois autres pionniers de Hollywood, il était son propre producteur ce qui lui assurait une liberté de création quasiment totale. Acteur dans ses propres films, à travers le personnage mondialement connu de Charlot, le gentil vagabond, il était aussi un redoutable directeur d'acteur.
Kenneth S. Lynn raconte dans Charlie Chaplin and his time (éditions Auru P.) qu'il interprétait chaque rôle pour montrer aux comédiens comment jouer la scène. Mais au lieu de se sentir encouragés, ces derniers se trouvaient complètement perdus tant la performance d'acteur de Chaplin était parfaite. 

Charlie Chaplin composait aussi lui même la musique de ses films, ce qui était très rare et démontrait un besoin de s'approprier le film jusqu'à l'excès, le désir d'en faire une oeuvre personnelle au delà du raisonnable.

On le sait peut être moins, mais il assurait sur presque tous ses films le rôle de chef opérateur, c'est à dire qu'il installait lui même la lumière. Quand on sait qu'à l'époque le moindre projecteur pesait 50kg et que la mise en place de l'éclairage nécessitait normalement une équipe d'une dizaine de personne, on mesure l'énergie que déployait Chaplin pour réaliser un film qui lui appartiendrait de bout en bout.
Il s'occupait aussi, lorsque cela était possible, de la prise de vue, c'est à dire qu'il cadrait lui-même certains plans, ce qui est très rare chez les réalisateurs, plus encore lorsqu'ils sont aussi acteurs de leur film. Certains témoins ont affirmé avoir assisté à des prise de vue où Chaplin était à la fois derrière et devant la caméra. Ces affirmations n'ont jamais pu être vérifiées.

Kevin J. Hayes, qui a souvent interviewé Chaplin (Charlie Chaplin: Interviews, éditions University press of Mississippi), nous apprend que celui-ci aimait aussi sortir lui même le matériel des camions et le ranger à la fin de la journée de tournage. Il demandait aux techniciens de sortir et restait seul pour mettre de l'ordre sur le plateau. De même il demandait à l'équipe   d'arriver plus tard que prévu le lendemain afin d'avoir un peu de temps pour installer la caméra, le matériel son, la lumière et le coin régie où les acteurs se restaurent. 

Enfin, une dernière petite curiosité est symptomatique du cas Chaplin. David Robinson, qui a aidé le réalisateur à écrire son autobiographie (My Autobiography, éditions New Ed), racontait récemment à un journaliste du Chicago Tribune comment Chaplin ne pouvait pas supporter que quelqu'un d'autre s'occupe des repas servis sur le tournage: "Il avait l'impression qu'on le dépossédait de son film, ça le mettait dans une rage folle" explique Robinson, "pour Charles la nourriture faisait partie intégrante du tournage et donc du film, il souhaitait s'en occuper personnellement au même titre que la mise en scène ou le maquillage des acteurs."
Et Robinson de raconter comment Chaplin trouvait toujours le temps entre deux prises de faire un tour aux cuisines pour préparer les pâtes ou régler la température du four. Précisons que les tournages de l'époque réunissait au bas mot une centaine de personne...
Le journaliste du Chicago Tribune termine son article par le témoignage d'un technicien du son aujourd'hui à la retraite ayant travaillé sur plusieurs films de Chaplin : "On a souvent critiqué Charlie Chaplin en disant qu'il était incapable de déléguer sur ses films. Peut être, n'empêche que j'ai jamais aussi bien bouffé sur un tournage."
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